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Vous trouverez sur ce blog des looks shootés dans la rue (des femmes et des hommes un peu de tous les styles), des infos sur la mode et des billets d'humeur ou de culture.
Pour ceux qui se demanderaient, et oui, je suis un homme et je travaille bien dans la mode.
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ENTRETIEN : Entretien avec Delphine Murat
Posté le jeudi 28 janvier à 08h56 J'ai découvert Delphine Murat dans un magazine de mode, il me semble que c'était le WAD. J'ai été interpellé par sa patte sportswear, ses matières techniques et son idée de présenter ses créations aussi bien sur des hommes et que sur des femmes. Des leggings pour homme ? Et pourquoi pas, après tout, les russes dont on ne peut nier la virilité portent bien des collants en laine... J'ai rencontré Delphine Murat dans son studio de la rue St Roch pour découvrir un peu mieux son travail. ![]() J’ai créé ma marque en 2000, cela fait maintenant 9 ans. Côté formation, j’ai étudié au studio Berçot où j’ai fait des stages chez Martine Sitbon, Thierry Mugler et Givenchy à l’époque de McQueen. Mais la mode était vraiment une passion : avant tout ça, je savais déjà coudre, j’habillais toute ma famille et mes amies. Mais j’ai toujours eu une nature entrepreneuse, je savais que je voulais monter ma boite. J’ai aussi fait des études de lettres et de droit, parfois j’ai l’impression que cela m’a retardé, d’autres moments je me dis que c’est bien d’avoir un background un peu plus structuré. Il faut avoir la tête sur les épaules pour diriger une entreprise. Aujourd’hui, ce n’est pas seulement du créatif, le milieu est devenu tellement une source de business que c’est devenu plus que carré. Comment s’est passé le démarrage ? J’ai débuté en jeune créateur à l’époque avec des collections, des défilés, de la presse… Les retours étaient bons, mais il y avait une certaine fragilité : une saison peut marcher très bien mais la saison d’après peut complètement capoter. En 2005, j’ai évolué sur le legwear avec la création de la minisock ce qui a permis de stabiliser un peu le chiffre d’affaires. Chez les créateurs, il est devenu très difficile de se battre du fait de la main mise des groupes sur la création. Là où on se fait remarquer, c’est grâce à des produits singuliers, innovants, rares… Le legwear est encore un endroit où il y a peu de monde. ![]() Quelle était l’idée derrière la minisock ? La minisock, c’est vraiment une idée simple : c’est un accessoire de chaussures, issu de la chaussette. Il est là pour mettre en avant le pied et l’accessoiriser. C’est transformer un truc un peu vieillot en quelque chose d’esthétique… On l’a montré à la presse avant de le commercialiser. Le ELLE l’a mis sur internet et on a eu tout de suite énormément de réactions sur le produit. En 3 saisons, on a fait 400 points de vente dans le monde, contre une quarantaine avant. A son apogée, on en a vendu 20 000 par an. Ce succès immédiat a été très difficile à gérer, j’ai du arrêter le prêt-à -porter pendant 3-4 saisons. Maintenant, on essaye plutôt de passer en licences. Est-ce que cela ne vous a pas réduit à un rôle de marque d’accessoires ? Au final, cela a joué en positif pour la marque. En tant que designer, on est confidentiel alors que sur un produit grand public, on a eu tellement de presse qu’on commence à nous connaitre. Cela m’a permis de créer une ligne Sport et de relancer le prêt-à -porter depuis quelques saisons. Actuellement, je touche des acheteurs Hosiery/Intimate , Sport et aussi prêt-à -porter. Et j’ai même une acheteuse de chez Tsum qui nous a demandé de décliner la ligne Sport en taille enfant de 6 à 16 ans… Cela fait encore un pôle de développement possible. ![]() Qu’as-tu appris en travaillant avec Alexander McQueen ? J’adore travailler avec les anglo-saxons. Ils sont naturels, spontanés, ils sont manuels… Martine Sitbon ou Mugler étaient dans leur bureau, ils parlaient beaucoup mais mettaient rarement la main sur le produit. McQueen, il peut aller directement monter une pièce sur une fille. Le rapport aux choses est plus simple, plus direct. J’aime aussi beaucoup les petites structures pour cela. Est-ce que tu travailles sur le même calendrier que les autres maisons de mode ? On démarre la saison en précollection avec l’intimate, ensuite je présente le sport et le prêt à porter global en mars. Les créations Printemps-Eté sont présentées en juillet et octobre. ![]() Il y a toujours un côté très sportswear dans tes créations... Je dirais confort en fait. Avec l’émergence du streetwear, on a eu un espèce de lien créé entre le sport et le prêt à porter. Mais nos vêtements ne sont pas à proprement parler du streetwear, ce sont des vêtements esthétiques, chic et surtout confortables. En termes de matières, je fais beaucoup de jersey, mais tu trouveras aussi du chaine et trame. Là où on se différencie vraiment c’est sur la ligne Sport. C’est un peu comme du high-tech en prêt à porter. Sur la collection automne-hiver, on a décidé de ne pas surjeter. Le but est de coller près du corps. J’utilise de l’indémaillable et à long terme, je voudrais faire des découpes laser ou des coutures soudées. Cela donne un esprit plus couture, plus moderne… Quelles sont tes inspirations pour tes collections ? J’ai des pistes d’inspiration dont je m’imprègne sans être forcément méthodique, c’est vraiment pour l’idée. Je choisis toujours les matières et les coloris en début de saison. Ensuite, je passe au patronage directement puis une personne me monte les prototypes en interne. J’ai un côté très manuel et empirique… Je ne fais pas de sketchs préliminaires ou de plan de collection. Sur le créatif, je me fais confiance, j’ai toujours un esprit qui rebondit. Ce n’est pas très structuré comme système de fonctionnement, même si à la fin il y a une certaine cohérence. ![]() Comment réalises tu la production ? Elle se fait principalement en Pologne, mais c’est très lourd pour une petite structure, d’autant plus qu’on doit toujours avancer les frais de production. On est en deal permanent, on bataille pour trouver de la trésorerie… Est-ce que tu fais encore des défilés ? J’ai arrêté les défilés à l’Automne-Hiver 2008 : pour une petite structure, cela coûte très cher. On attend de nous qu’on soit fort comme les grands alors qu’on a des moyens de petit. Si on peut faire des dépenses supplémentaires, je préfère les faire sur l’accompagnement produit, le packaging… Quelle est la cliente de Delphine Murat ? On a à la fois un produit qui peut être hyper fédérateur comme du legging ou la minisock, et une clientèle beaucoup plus niche sur le prêt à porter. En termes d’âge, on touche vraiment tout le monde. D’ailleurs on n’a pas de cible d’âge, on a plus une cible mentale, des gens qui cherchent des produits innovants, qui veulent se différencier des grandes marques… ![]() On trouve dans tes créations certains produits portés par des hommes, est ce que c’est quelque chose qui te tient à cÅ“ur ? Je trouve que tout ce qui est leg ne devrait pas être connoté uniquement féminin. Dans l’histoire les hommes ont porté des collants, des grenouillères… Sur la partie legwear-intimate, un homme pourrait porter un legging sous son pantalon l’hiver, c’est ce qui se passe dans les pays très froid. Beaucoup d’hommes y mettent des collants. Les débardeurs sont aussi complètement unisex. Mais il y a encore un petit verrou psychologique… Quels sont tes points de distribution ? Actuellement, nous devons avoir entre 60 et 80 points de vente. J’ai beaucoup de multimarques et on nous trouve aussi dans les corners Sport ou Smart Design des department stores, à côté de Puma par McQueen, Adidas par Stella McCartney ou Moncler. As-tu souffert de la crise ? On n’a pas trop souffert car on est vraiment un produit de niche. Bien sûr, tout a été lent pendant une année mais le redémarrage est intéressant. En précollection Automne-Hiver, on a une trentaine de rendez vous avec des grands noms comme Selfridges, Browns, Gregorys, Galeries Lafayette, Harvey à Dubai, Tsum… Il y a déjà des clients et aussi de nouveaux prospects. Sur les Etats-Unis, on est en deal avec Bloomingdales pour un lancement produit, mais l’euro joue en notre défaveur. On est obligé de brader les prix pour pouvoir entrer sur ce marché. As-tu pour projet d’ouvrir une boutique ? Le retail, c’est pas notre truc. Notre métier c’est créer un produit, le produire, le mettre en avant mais le retail c’est une toute autre logique. On vend par contre sur internet. ![]() Où te vois tu dans 5 ans ? Dans 5 ans, on sera déjà une multinationale ;-) Plus sérieusement, on va continuer à travailler comme on le fait depuis presque 10 ans. Le legwear et l’intimate seront un facteur de développement important, peut être aussi en licence. Mais on aura aussi besoin de gens qui investissent sur nous. Nous sommes déjà en discussion avec des acteurs potentiels. Est-ce que tu gagnes de l’argent ? Non… Je te le dis direct. On a les salaires, des charges, les frais de production, on dépense tellement en innovation que ce n’est pas possible… On avance quand même, à chaque année, le CA croit mais les dépenses croissent de la même façon. J’ai l’impression qu’en développant bien le legwear, on pourrait créer un tapis de trésorerie. En termes de fabrication, le volume permet de baisser les coûts de production. Aussi, je dis souvent à mes collaborateurs : moi ce que je vous offre, ce n’est pas un travail, c’est une aventure professionnelle… Le salaire est pas terrible, mais vous allez vous éclater… ;-) Justement, comment choisis tu tes collaborateurs ? Il faut être multitâche, spontané, dynamique, réactif, ouvert… Je prends après un peu tous les profils. On est entre 6 ou 7 personnes actuellement. Mais dans les quelques personnes qu’on a essayé de recruter qui viennent de grandes maisons, cela ne marche pas. Quand on a bossé pendant 10 ans dans un groupe comme LVMH, on a du mal à retomber dans le fonctionnement des petites structures, de voir tout le cheminement de A à Z du produit, de devoir tout gérer en même temps… Est-ce que tu regardes les blogs de mode ? Honnêtement non, je ne lis pas grand-chose en mode. Je suis débordé. J’achète des tonnes de magazines puis je les mets sur la table et ils y restent…. ![]() ![]() ![]() ![]() Delphine Murat Studio Delphine Murat 21 rue St Roch, Paris 1er En vente à Paris au Printemps, Bon Marché et chez Rodolphe Menudier Site: www.delphinemurat.com 6 COMMENTAIRES 2010-01-29: par oriane C'est pas mal ces minisocks, à essayer avec des sandales... 2010-01-29: par isabelle Très intéressant... J'aime beaucoup cette fille, volontaire, ambitieuse, elle a des couilles... Je ne connais pas bien son produit. Du coup, je vais regarder ça de plus près. C'est toujours un moment agréable (et enrichissant) de venir sur ton blog. 2010-01-29: par agathine hé j'étais jamais venue sur ton blog je crois. trop contente de l'avoir découvert. j'adoooore les interviews de designers. je sens que je vais dévorer tes archives 2010-01-28: par Little Style Box C'est pas vraiment du spandex, plutôt des matières techniques comme du lycra... 2010-01-28: par M1 Elle a un travail très original ! elle utilise du spandex pour ses créations? 2010-01-28: par Geneviève @ Oxalydes Comme toutes tes interviews, celle-ci est super intéressante... bien qu'un peu refroidissante par ses conclusions ! Le marché est vraiment hyper difficile pour les jeunes labels créatifs. A quand une véritable volonté de les aider à surgir ? Je découvre les produits de Delphine Murat et cela me donne envie de finir l'hiver dans son legwear ! LAISSER UN COMMENTAIRE |




















